mercredi 31 janvier 2018

Aperçu sur les mythes et la mythologie

plan :
* le mythe.
* Définition 
Aspects des mythes
*Typologie et éléments des mythes
Quelques mythes célèbres
Héros et objets du mythe
Divinités communes
Objets d'étude : Le personnage de roman - Les réécritures.
Don Quichotte
Faust
Don Juan
Robinson Crusoé
Le détective
Le robotLe monstre
La ville.


    Un mythe
    Un mythe est un récit qui se veut explicatif et surtout fondateur d'une pratique sociale. Il est porté à l'origine par une tradition orale, qui propose une explication pour certains aspects fondamentaux du monde et de la société qui a forgé ou qui véhicule ces mythes :
    • la création du monde (cosmogonie) ;
    • les phénomènes naturels ;
    • le statut de l'être humain, et notamment ses rapports avec le divin, avec la nature, avec les autres individus (d'un autre sexe, d'un autre groupe), etc. ;
    • la genèse d'une société humaine et ses relations avec les autres sociétés.
    L'étude des mythes est appelée mythologie.
    Le terme mythe est souvent employé pour désigner une croyance manifestement erronée au premier abord, mais qui peut se rapporter à des éléments concrets exprimés de façon symbolique1 et partagée par un nombre significatif de personnes.
    Le mythe se distingue de la légende (qui suppose quelques faits historiques identifiables), du conte (qui se veut inventif sans expliquer), et du roman (qui "explique" avec peu de fondements).

    Définitions
    D'après le Dictionnaire de l’Académie française2, le sens premier du mot mythe, apparu au XIXe siècle, est un récit fabuleux, pouvant contenir une morale plus ou moins implicite.
    Un mythe implique souvent plusieurs personnages merveilleux, tels que des dieux, des animaux chimériques ou savants, des hommes bêtes, des anges ou des démons, et l'existence d'autres mondes.
    Il serait exagéré de prendre un mythe au pied de la lettre, et de croire que les peuples les tiennent pour une description parfaitement exacte (y compris les aspects surnaturels) du déroulement des événements. Il serait sans doute tout aussi tendancieux de les analyser comme de simples récits poétiques, dépourvus de base réelle, des formes archaïques de réflexions philosophiques et proto-scientifiques, réalisées par une analogie poétique plus que sur la logique, et exprimées sous une forme symbolique, voire une sorte de roman.
    Ces histoires ne sont pas arbitraires :
    • les différentes sociétés, même très différentes et sans contacts culturels, présentent des mythes qui utilisent les mêmes archétypes ;
    • les mythes traitent toujours les questions qui se posent dans les sociétés qui les véhiculent. Ils ont un lien direct avec la structure religieuse et sociale du peuple, et avec leur cosmogonie.
    Les philosophes de l'époque post-mythique, tels que Protagoras, Empédocle et Platon utilisent le mythe comme une mise en scène allégorique afin de faire percevoir leurs propos d’une manière concrète. Par exemple, Platon crée des mythes originaux (par exemple le mythe de la caverne), ou réadapte des mythes antérieurs. À sa suite, d'autres philosophes ou certains auteurs de discours argumentatifs ont, eux aussi, eu recours au mythe, dans un même emploi. Dans son essai Anthropologie structurale, l'anthropologue français Claude Lévi-Strauss, offre cet avis (1958/74 - 231):
    "Un mythe se rapporte toujours à des événements passés avant la création du monde […] ou […] pendant les premiers âges […] en tout cas […] il y a longtemps […]. Mais la valeur intrinsèque attribuée au mythe provient de ce que les événements, censés se dérouler à un moment du temps, forment aussi une structure permanente. Celle-ci se rapporte simultanément au passé, au présent et au futur."
    Aspects des mythes
    Le mythe raconte une histoire sacrée, performative pour celui qui appartient à la culture qui le crée. Il relate non seulement l'origine du monde, des animaux, des plantes et de l'homme, mais aussi tous les événements primordiaux à la suite desquels l'homme est devenu ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire un être mortel, sexué, organisé en société, obligé de travailler pour vivre, et vivant selon certaines règles.
    Le mythe se déroule dans un temps primordial et lointain, un temps hors de l'histoire, un Âge d'Or, un temps du rêve. Le mythe cosmogonique est « vrai » parce que le monde existe. Le mythe d'identité est « vrai » parce que la communauté dont il est l'image existe. Le mythe d'origine est « vrai » parce que la communauté le répète pour continuer de vivre. En ce sens, le mythe contient quasiment toujours des éléments de liturgie.
    Réciter le mythe produit une re-création du monde par la force du rite. L'exigence du sacrifice est l'un des plus puissants. Le mythe n'est pas récité n'importe quand mais à l'occasion de cérémonies : naissances, initiations, mariages, funérailles, et tout un calendrier de fêtes et célébrations, c'est-à-dire à l'occasion d'un commencement, d'une transformation ou terminaison dont il rend compte (ou rend conte, c'est selon).

    Typologie et éléments des mythes

    Types de mythes

    • La cosmogonie raconte la création du monde. Voyez par exemple le mythe de la création du monde en Égypte antique ou la légende des soleils en Amérique centrale.
    • La théogonie raconte la naissance des dieux. Le poème d'Hésiode intitulé Théogonie consiste en une théogonie : il raconte la naissance des dieux grecs antiques (la Théogonie inclut aussi une cosmogonie, puisque certains des tout premiers dieux, comme Gaia et Ouranos, forment le monde physique) et leurs générations successives.
    • L'anthropogonie raconte la création de l'homme ; le mythe grec de Prométhée.
    • Le mythe de régénération raconte une recréation du monde, le plus souvent après un mythe de cataclysme : le monde s'effondrerait s'il n'était périodiquement recréé; dans la même catégorie peut se ranger le mythe de création d'une institution susceptible de témoigner de la régénération, le mythe de création d'une plante dont l'utilité se manifeste lors de la régénération ou de sa célébration, le mythe de création d'un animal qui joue un rôle dans la célébration, soit comme victime du sacrifice, soit comme support de la théophanie;
    • Le mythe de séparation du Divin et du monde et le mythe de séparation du Divin et de l'homme s'accompagnent fréquemment d'un mythe de l'invention de la mort. Voyez à Âge d'or.
    • Le mythe de fondation raconte la fondation d'une communauté ou d'une ville, par exemple l'histoire des jumeaux Romulus et Rémus relatant la fondation de Rome.
    • Le mythe eschatologique, racontant la fin de l'univers, par exemple le Ragnarök de la mythologie nordique. Voyez à Fin du monde et Eschatologie.

    Quelques mythes célèbres

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    « Aussi, l'amateur de mythes (philomuthos) est philosophe (philosophos) en quelque sorte, car le mythe est composé de merveilles. » Aristote, Métaphysique, 982b18-19
    • Cosmogonie et anthropogonie :
      • Dans la Bible :
        • le chapitre 1 du Livre de la Genèse constitue le premier récit de la Création, et correspond à une cosmogonie à partir d'un substrat existant de chaos et d'eaux primordiales ;
        • les chapitres 2 et 3 du Livre de la Genèse constituent le second récit de la Création qui se situe dans le jardin d'Éden, et correspondent à une anthropogonie ; ils contiennent des références mythologiques à l'arbre de vie, symbole d'immortalité, et à l'arbre de la connaissance du bien et du mal, symbole du savoir illimité, caractéristiques de Dieu3 ;
      • La Théogonie d'Hésiode qui décrit la création du monde, l'histoire des dieux, la création des hommes.
      • Njeddo Dewal, mère de la calamité : conte initiatique peul ;
    • Le Mythe de la Sérigraphie, propagé par la culture Berbère Occidentale .
    • L’Odyssée (« l'histoire d'Ulysse », d'après le nom grec d'Ulysse, « Odysseus »)
    • L’Iliade (du grec « Ilion », autre nom de Troie)
    • Mythes de régénération et de cataclysme
      • Le Déluge (Bible, Genèse), où Dieu ne sauve qu'un petit groupe de survivants et un couple d'animaux de chaque espèce.
      • Le mythe de Proserpine ou Perséphone, qui rend compte de l'alternance des saisons froides et stériles et chaudes et fécondes.
      • La cosmogonie aztèque commence par la destruction des quatre soleils primordiaux;
      • Le mythe de la destruction de l'Atlantide
      • L'un des derniers mythes de par son importance à être apparu est sans aucun doute celui du postmodernisme. Selon cette conception, l'humanité serait vouée à sa perte de par sa soif insatiable de développement technologique. Dans la perception des tenants du postmodernisme, ce sont les machines qui auraient maintenant l'emprise sur l'humanité (voir par exemple le film Matrix qui illustre particulièrement bien cette croyance et cette lutte contre la fatalité). D'autre part, il est remarquable que l'idéologie postmoderne tire sa force de son opposition à la modernité. Cette dernière époque étant marquée par le recours à la raison comme fondement de l'autorité afin que les hommes puissent débattre entre eux en se débarrassant du poids des superstitions de toutes sortes. Le postmodernisme déclare qu'il n'y a plus de raison, en voulant dire que la conduite des hommes sur la Terre tend inévitablement à l'autodestruction, que la conciliation des intérêts de tous et chacun est une chimère, car cet objectif étant irréalisable de par la nature même des hommes qui sont en fait des êtres animés par la cupidité.

    • Mythe de l'homme
      • Le mythe prométhéen qui dit que Prométhée apporta le feu aux hommes.
      • Le mythe de Don Juan, repris plusieurs fois, parle d'un homme pour qui le seul plaisir réside dans la conquête et la séduction des femmes.
    • Mythe de création d'une institution
      • Le mythe d'Hiram, architecte du Temple de Salomon, dont se réclament les sociétés maçonniques et les Compagnons du Tour de France.
      • Le roman « néo scientifique » d'Alfred Jarry, Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, dont se réclame le Collège de ’Pataphysique.
    • Mythe de séparation des hommes et des dieux, du monde et de Dieu
      • Dans la Bible, la Chute à la fin du chapitre 3 du Livre de la Genèse ;
      • En Inde, les sacrifices aux dieux les font monter au ciel et ils abandonnent les hommes.
    • Mythe de l'enfant berger futur grand artiste, Un enfant garde des bêtes dans la campagne, pour se distraire de cette tâche monotone, il dessine avec un charbon de bois sur un rocher, passe alors un haut personnage qui décèle le talent du futur artiste, autre mythe la mouche peinte par l'apprenti sur un tableau du maître en son absence, à son retour celui-ci cherche à faire partir l'intruse Quentin Metsys et encore Lantara.
    • Mythe des gens de caverne repris dans le Coran, et racontant l'histoire à la fois fascinante et douloureuse de certains précurseurs croyants du christianisme, qui furent persécutés et s'enfuirent à une caverne pour s'y abriter. À force de prier Dieu pour les protéger, le miracle divin fait qu'ils s'endormirent trois siècles et quelques années pour assister à l'avènement sinon la propagation de la nouvelle religion sur toutes les sphères de la société.

    Héros et objets du mythe

    • Héros
      • l'enfant merveilleux ;
      • le personnage démembré.
    • Objets
    la lune, le soleil ; l'eau ; le feu ; le territoire sacré ; le vent ; la terre.
    La mythologie gréco-romaine est la synthèse de ce qu’ont en commun la mythologie grecque et la mythologie romaine.

    Divinités communes

    Grec
    Romain
    Caractéristiques principales.
    Aphrodite
    Vénus
    Déesse de la Germination, de l'Amour des Plaisirs, de la Beauté, et de la Séduction.
    Apollon
    Apollon
    Dieu du Chant, de la Musique, de la Poésie, de la Lumière du Soleil, de la Guérison et de l'Avenir.
    Arès
    Mars
    Dieu de la Guerre, frère d’Athéna et d’Héphaïstos
    Artémis
    Diane
    Déesse de la Chasse et de la Lune, sœur jumelle d’Apollon
    Asclépios
    Esculape
    Dieu de la Médecine
    Athéna
    Minerve
    Déesse de la Guerre, de la Sagesse, des Artisans, des Artistes et des Maîtres d’école, sœur d’Arès et d’Héphaïstos
    Borée
    Aquilon
    Personnification du Vent du nord
    Charites
    Grâces
    Déesses de la Beauté, filles de Zeus
    Chloris
    Flore
    Déesse des Fleurs
    Cronos
    Saturne
    Roi des Titans, père de Zeus, Hadès, Poséidon, Héra, Déméter et Hestia
    Déméter
    Cérès
    Déesse de la Nature, l’Agriculture et de la Fertilité, sœur de Zeus, de Poséidon, d’Hadès, d’Héra, et d’Hestia, mère de Perséphone
    Dionysos
    Bacchus
    Dieu de la Vigne, des Fêtes, de la Musique et du Théâtre
    Ényo
    Bellone
    Déesse de la Guerre
    Éole
    Aeolus
    Dieu et maître des Vents et des Tempêtes
    Éos
    Aurore
    Déesse de l’Aurore
    Érinyes
    Furies
    Déesses de la Vengeance
    Érèbe, Erebos
    Erebus
    Dieu et personnification des Ténèbres
    Éris
    Discorde
    Déesse de la Discorde
    Éros
    Cupidon
    Dieu de l’Amour
    Euros
    Vulturnus
    Dieu du Vent d’est
    Gaïa
    Tellus, Terra
    Déesse mère et de la Terre
    Hadès
    Pluton
    Dieu des Enfers, frère de Zeus, Poséidon, Héra, Déméter et Hestia
    Hébé
    Juventas
    Déesse de la Jeunesse, de la Vitalité
    Hélios
    Sol
    Dieu du Soleil
    Héra
    Junon
    Reine des dieux, déesse du Mariage et de la Naissance, sœur et femme de Zeus (sœur de Poséidon, Hadès, Déméter et Hestia)
    Héraclès
    Hercule
    Demi-dieu personnifiant la Force
    Héphaïstos
    Vulcain
    Dieu des Forgerons et du Feu, fils d’Aphrodite, frère d’Athéna et d’Ar
    Hermès
    Mercure
    Dieu du Commerce, messager des dieux et des voleurs
    Hestia
    Vesta
    Déesse du Foyer, et sœur de Zeus, de Poséidon, d’Hadès, de Déméter, et d’Héra
    Hygie
    Salus
    Déesse de la Santé
    Hypnos
    Somnus
    Dieu du Sommeil
    Ilithye
    Lucine
    Déesse de la Maternité
    Moires
    Parques
    Déesses personnifiant le Destin
    Muses
    Camènes
    Filles de Zeus qui sont au nombre de neuf. Elles se nomment Clio, Calliope, Euterpe, Thalie, Melpomène, Terpsichore, Érato, Uranie et Polymnie. Clio est la Muse de l’Histoire ; Calliope, la Poésie héroïque et l’Éloquence ; Euterpe, la Musique ; Thalie, la Comédie ; Melpomène, la Tragédie ; Terpsichore, la Danse ; Érato, la Poésie lyrique ; Uranie celle de l’Astronomie ; Polymnie, la Rhétorique.
    Notos
    Auster
    Dieu du Vent du sud
    Nyx
    Nox
    Déesse et personnification de la Nuit
    Ouranos
    Uranus
    Dieu père et du Ciel
    Pan
    Faunus
    Dieu de la Nature
    Perséphone
    Proserpine
    Déesse des plantations, Fille de Déméter et de Zeus, et épouse d’Hadès
    Poséidon
    Neptune
    Dieu des Mers et des Océans, frère de Zeus, d’Hadès, de Déméter, d’Héra, d’Hestia, et père des Cyclopes
    Rhéa
    Cybèle, Ops
    Titanide, épouse de Cronos et mère de Zeus, Héra, Hestia, Hadès, Déméter et Poséidon.
    Séléné
    Luna
    Déesse de la Lune
    Thanatos
    Orcus, Mors, Letus
    Dieu de la Mort, frère jumeau d’Hypnos
    Thémis
    Justitia
    Déesse de la Justice
    Zéphyr
    Favonius
    Personnification du Vent d’ouest
    Zeus
    Jupiter
    Roi des dieux, dieu de la Foudre et du Ciel, marié à Héra, frère de Poséidon, d’Hadès, de Déméter, d’Héra, d’Hestia, père de tous les dieux



    Objets d'étude : Le personnage de roman - Les réécritures.
    Don Quichotte
    Faust
    Don Juan
    Robinson Crusoé
    Le détective
    Le robot
    Le monstre
    La ville.
    Don Quichotte
      On Quichotte est un personnage qui, bien qu'issu d'un seul roman, a pénétré l'imaginaire universel de manière durable. Le héros de Cervantes condense, il est vrai, un certain nombre de postulations humaines fondamentales et s'inscrit de manière significative dans son temps. Il satisfait donc aux deux conditions de la vie mythique, exploitant à la fois le contenu manifeste de son époque et son contenu latent. Manifeste est tout d'abord le refus des valeurs mercantiles que cet être passionné d'idéal constate partout autour de lui. Don Quichotte, vieux lecteur à la cervelle fêlée, incarne le millénarisme, cette nostalgie de l'Âge d'or au cœur de l'âge de fer : Rousseau, puis les Romantiques, pour ne pas dire les hippies, s'en souviendront. Mais le Chevalier à la Triste Figure exprime aussi cette foi en l'homme qui court sous la trame des temps : si c'est être fou que de croire à l'Amour, à la Fidélité, à l'Honneur, alors Don Quichotte est fou, d'une démence choisie qui sait à l'occasion trouver quels accents de raison ! L'excès du personnage, le registre burlesque de ses aventures, génèrent même la contestation du mythe héroïque de la Quête par un autre motif, étonnamment moderne, qu'on pourrait identifier - idiot, rêveur, "clochard céleste" - à celui de l'homme perdu dans son temps. A tous ces titres, les variations sur le thème quichottesque sont innombrables.
    Faust
    On pourrait rapprocher le docteur Faust, mythe germanique, d'un nombre important de fables universelles concernant le péché de connaissance : Faust, qui vend son âme au Diable moyennant la jeunesse et le pouvoir, n'est-ce pas Adam, n'est-ce pas Prométhée ? Il incarne en effet le caractère coupable de la libido sciendi, quand ce désir affirme l'Homme contre son Créateur. En Faust peuvent se reconnaître tous les hommes de recherche que tentent, tôt ou tard, des secrets défendus. La Renaissance s'est largement emparée de ce mythe dont elle a fait le parangon de l'aventure humaine. Mais le Romantisme devait contribuer à approfondir et élargir à la fois le personnage faustien : avec Goethe, il devient exemplaire d'une quête idéale d'accomplissement de l'esprit et du corps où se déploie la double postulation des hommes vers le Bien et le Mal. Les modernes, à travers le symbole du pacte diabolique, ont choisi de valoriser à travers Faust le problème d'une liberté engagée dans ce choix fondamental.

    Don Juan

    Le personnage de Don Juan est avant tout un mythe. Les efforts d'identification à un personnage réel sont sujets à controverse ; on peut cependant lui reconnaître certains traits qui lui sont propres.
    Fondamentalement, Don Juan recherche et vit dans le plaisir et la jouissance du présent, s'opposant aux contraintes et aux règles sociales, morales et religieuses, et ignorant volontairement autrui. Il est donc à la fois jouisseur et cynique, également égoïste et destructeur. Cela correspond à l'image du libertin au XVIIe siècle.
    L'histoire initiale
    Le personnage mythique de Don Juan serait né d'un fait divers3 rapporté par la Chronique de Séville. Selon la légende, il aurait vécu au XIVe siècle : fils de l'amiral Alonso Jofre Tenorio, Don Juan Tenorio aurait tué le commandeur Ulloa dont il avait séduit la fille, et les moines du couvent où fut enterré le commandeur, outrés de cet acte, l'auraient assassiné et fait disparaître son corps, racontant ensuite qu'il avait été foudroyé par le Ciel et entraîné en enfer comme châtiment de ses fautes et de son refus de se repentir4. Mais les Cronicas de Sevilla et les archives des familles Tenorio et Ulloa sont muettes. Les noms des personnages ne sont pas fictifs, il a bien existé un don Juan Tenorio, ou un don Alonso Tenorio mais nulle part il n'est fait mention d'une disparition suspecte, encore moins du miracle de la statue de pierre qui s'anime pour punir un débauché3.
    Il est beaucoup plus vraisemblable de croire que le succès de la pièce du moine espagnol frère Gabriel, plus connu sous le nom de Tirso de Molina, (qui met en scène un personnage de jeune débauché porté sur la jouissance, personnage assez habituel dans les comédies espagnoles des XVIe et XVIIe siècles) est à l'origine de la légende3. Mais ce sont les éléments surnaturels qui ont le plus contribué à la survie de cette fable dans l'imaginaire collectif5, et à la création du mythe. Il est probable qu'il faut y voir la récupération d'un thème moral (la punition du méchant) fréquemment utilisé dans les collèges religieux ou les ballades populaires6.

    Chez Molière

    Article détaillé : Dom Juan ou le Festin de pierre.
    • Plaisir : hédoniste, il reprend le personnage de Molina, mais de nature intrinsèquement sensuelle Don Juan ne recherche plus la simple jouissance physique ;
    • Égoïsme cynique : hypocrite, cynique et froid, il manipule hommes et femmes, séduit par le discours pour faire tomber la femme qu’il désire, promet mensongèrement le mariage, déshonore les femmes ;
    • Défi : fier et orgueilleux, Don Juan veut affirmer sa supériorité sur tout et tous, y compris la morale et la religion ;
    • Antisocial : totalement opposé aux devoirs qu’impose la vie sociale, totalement opposé au respect de l’autre et à la charité chrétienne, bien que paradoxalement doté d'un certain sens de l'honneur (dernière réplique de la scène II de l'acte III) ;
    • Matérialisme : libertin, impie, il ne se repent jamais, même plongé dans les flammes de l’enfer ;
    • Pouvoir et conflit : violence verbale et parfois physique, menaces, refus de la contrainte, abus du pouvoir de séduction, abus du pouvoir de sa position sociale.



    Robinson Crusoé
    Le marin écossais Alexander Selkirk fut abandonné par son équipage en 1704 sur un îlot désert de l'archipel Juan Fernandez, au large du Chili  : il y vécut seul quatre ans et demi. Le romancier irlandais Daniel Defoe s'empara du sujet pour en faire un des plus grands succès de la littérature universelle (le seul roman que Rousseau tolérât dans un but pédagogique !). Dans l'esprit des Lumières, Robinson incarne le triomphe de l'industrie humaine sur la sauvagerie naturelle. Devant son esclave Vendredi, il est l'Occidental convaincu de l'universalité de ses valeurs. Mais on sait quel retournement Michel Tournier fit subir au mythe à la lumière de la mauvaise conscience du colonisateur : la fable manifesta sa souplesse en adoptant le point de vue du colonisé, fustigeant dès lors l'ethnocentrisme. Mais l'histoire de Robinson, c'est aussi une aventure qui fédère tous les thèmes du voyage et de l'ailleurs : à ce titre, toute littérature insulaire alliant exotisme et mystère peut s'en réclamer, et la liste pourrait être longue.
    Le détective
     Sous les formes diverses qu'il peut prendre dans la littérature, le mythe du détective semble être l'un des plus anciens, peut-être parce qu'il correspond à l'enquête que l'homme ne cesse de mener pour éclaircir l'affaire qui lui importe le plus : « D'où venons nous ? Que sommes nous ? Où allons nous ? » C'est sans doute pour cela qu'on s'accorde en général à reconnaître dans le personnage d'Œdipe le prototype du détective, d'autant que ce personnage est au centre d'un scénario que l'on s'est inlassablement réapproprié, celui de l'enquête menée par le criminel sur son propre crime. Mais le détective est aussi le fils du rationalisme et du scientisme, et s'épanouit pour cela dans la deuxième moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe : il coïncide avec une époque où l'on entend manifester la toute-puissance de l'intelligence humaine sur les déterminations de la nature et du hasard. Les avatars du détective sont trop nombreux pour que l'on tente dans ce cadre d'en établir une liste exhaustive. On trouvera ci-dessous quelques exemples de personnages, suivis de la mention de leur première apparition dans l'œuvre de certains auteurs familiers du genre policier. Pour se limiter à la littérature française, on peut peut-être établir l'origine de cette figure du détective dans celle de François-Eugène Vidocq qui inspira, entre autres, Balzac, Hugo, Dumas, Eugène Sue, tous grands romanciers de la ville et de ses mystères. A partir du XIXème siècle, l'urbanisation grandissante et les fantasmes dont elle est responsable contribuent d'ailleurs à donner au détective son auréole mythologique et expliquent son empreinte poétique dans beaucoup de romans et de films.
    Le robot
    Si le détective est un mythe à la gloire de la raison humaine, le robot, androïde capable d'exécuter des travaux à la place de l'homme, pourrait bien, lui, être né de la méfiance qu'inspirent des conquêtes technologiques de plus en plus sophistiquées. Cemythe de défaite marque très tôt l'histoire de l'humanité : n'est-ce pas déjà l'histoire de Pygmalion, racontée par Ovide dans sesMétamorphoses ? Ou bien celle de ces esclaves d'or forgés par Héphaïstos, que rapporte Hésiode dans Les Travaux et les Jours? Ou encore celle de l'Apprenti sorcier dans le poème de Goethe (1797), celle du Golem pragois dont beaucoup de textes nous entretiennent avant Gustav Meyrink ? En tout cas, s'il préexiste à l'ère du machinisme pendant laquelle le tchèque Karel Čapek invente le mot à partir du substantif robota (corvée), ce mythe connaît une fortune littéraire et surtout cinématographique au moment où la machine gagne une relative autonomie. L'intelligence artificielle gouvernant le travail des hommes finit par inspirer la peur de l'asservissement et du totalitarisme le plus aveugle. Ce fantasme est bien caractéristique du pouvoir que détient le mythe de condenser nos terreurs et de nous les renvoyer dans l'espoir de quelque catharsis.
     





                                              

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